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L’absinthe et les artistes
De Baudelaire à Verlaine, de Toulouse-Lautrec à Modigliani, de nombreux écrivains, poètes et peintres recherchèrent l’inspiration dans la fée verte comme l’a surnommée l’écrivain Irlandais Oscar Wilde. L’Absinthe inspire les poètes Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Oscar Wilde, Edgar Poe …. les peintres Manet, Degas, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Picasso... Tous ces artistes étaient célèbres pour leurs oeuvres, mais aussi pour leur train de vie. Certains verseront dans la folie, ce qui apportera des arguments à ceux qui dénonçaient la malfaisance de l’absinthe. De nombreuses oeuvres sont marquées de l’empreinte de la « Fée verte ». On peut faire de l’absinthe une boisson aux vertus particulières capable de susciter l’imagination et l’inspiration, mais prétendre que Verlaine, Van Gogh et les autres doivent leur inspiration et leur génie à l’absinthe n’est-il pas faire outrage à leur talent.
Avec Manet, Degas, Van Gogh, Toulouse Lautrec et Picasso, l’Absinthe est présente dans leurs toiles. Mais elle choque. Manet se fait refuser son « Buveur d’Absinthe » à la sélection des toiles pour l’exposition de 1859, de même Degas avec son tableau « l’Absinthe » en 1876. C’est Toulouse-Lautrec, alcoolique invétéré, qui fait connaître l’absinthe à Van Gogh. Encouragé par Toulouse-Lautrec, Van Gogh se met rapidement à l’absinthe. Il s’adonne à la consommation d’absinthe durant son séjour dans le midi de la France. Quand Paul Gauguin vient lui rendre visite, tous deux se livrent à des beuveries. Au cours d’une de ces soirées, Van Gogh se dispute avec Gauguin, lui lance un verre d’absinthe à la tête et le menace avec un rasoir. Puis il s’enferme dans sa chambre où il se coupe l’oreille. Il est difficile de savoir si c’est la Fée verte ou d’autres produits qui l’ont poussé à attaquer son ami Gauguin puis à se couper l’oreille. L’absinthe lui inspira « Le verre d’absinthe » et beaucoup d’autres toiles peintes dans les tons ocres et vert pâle, qui sont les couleurs de l’absinthe. L’absinthe a aussi marqué l’œuvre de Pablo Picasso. Une des toiles de sa période bleue est la « Buveuse d’absinthe », elle montre une femme vêtue de bleu, assise à une table dans un café, avec un verre d’absinthe devant elle. Les premiers travaux cubistes de Picasso furent également inspirés par l’absinthe. La toile « Bouteille de Pernod et verre » était inspirée d’une affiche publicitaire, montrant une bouteille d’absinthe, un verre, et un journal plié. La dernière oeuvre de Picasso lié à l’absinthe est la sculpture cubiste « verre d’absinthe ». Edgar Degas est lui aussi inspiré par la Fée verte, il peint « l’absinthe » qui montre deux clients de café au regard hébété porté au-delà de leur boisson verte. Manet va plus loin en peignant un véritable ivrogne avec son absinthe, sur une toile appelée « Le buveur d’absinthe ».
Musset , Appolinaire, Beaudelaire, Verlaine, Rimbaud, Charles Cros …. ont été séduit par la Fée verte. Verlaine commence à boire adolescent, il est déjà alcoolique avant de connaître l’absinthe. Sa relation tempétueuse avec Rimbaud aggrave son alcoolisme. Rimbaud et Verlaine mènent une vie dissolue, ils hantent les cafés du Quartier Latin se saoulant à l’absinthe. Sous l’emprise de la fée verte, Verlaine tire un coup de revolver sur Rimbaud à Bruxelles. En prison, Verlaine renonce à l’absinthe, après sa remise en liberté il ne boit que de la bière et se remet à la poésie. Mais, après quelques années, il se remet à l’absinthe et on peut le voir dans les cafés du Quartier Latin buvant absinthe après absinthe. Il passe ses dernières années d’hôpitaux en institutions, ses amis lui cachant des bouteilles d’absinthe sous l’oreiller. Il but jusqu’à la fin, même si il avait regretté sa dépendance à l’absinthe dans « Confessions ».
De nombreux écrivains étrangers ont parlé de l’absinthe : Oscar Wilde « Un verre d’absinthe est aussi poétique que tout au monde. Quelle est la différence entre un verre d’absinthe et un coucher de soleil ? » « Le premier stade est comme pour une boisson ordinaire ; au second stade, on commence a voir des choses cruelles et monstrueuses, mais si l’on persévère, on arrive au troisième stade, où l’on voit ce que l’on veut voire, des choses curieuses et merveilleuses », Dowson, grand amateur d’absinthe « Le whisky et la bière sont réservés aux sots, l’absinthe a le pouvoir des magiciens, elle peut balayer ou faire revivre le passé, annuler ou prédire l‘avenir ». L’écrivain américain Ernest Hemingway buvait beaucoup, et aimait passionnément l’absinthe, qu’il continua à boire en Espagne et à Cuba, après son interdiction en France.
Aujourd’hui, toujours vivante comme le sont les légendes, elle n’a pas perdu son pouvoir inspirateur qui a lentement construit son mythe. Dans une interview au magazine Rolling Stone, le rocker américain Marilyn Manson dit avoir découvert l’absinthe lors du réveillon de l’an 2000 dans le sud de la France, avec l’acteur Johnny Depp. « Nous nous étions préparés pour l’apocalypse, mais elle n’est pas venue. Par déception, nous avons bu encore plus d’absinthe avant d’allumer les feux d’artifice. Depuis, je ne bois plus de bibine, je bois de l’absinthe ». Il vient d’élaborer en Suisse une absinthe avec la distillerie Matter-Luginbühl, petite entreprise familiale du village de Kallnach en Suisse.
Et pour terminer voici le texte d’une chanson interprétée par Barbara :
Ils buvaient de l’absinthe,
Comme on boirait de l’eau,
L’un s’appelait Verlaine,
L’autre, c’était Rimbaud,
Pour faire des poèmes,
On ne boit pas de l’eau,
Toi, tu n’es pas Verlaine,
Toi, tu n’es pas Rimbaud,
Mais quand tu dis je t’aime,
Oh mon dieu, que c’est beau,
Bien plus beau qu’un poème,
De Verlaine ou de Rimbaud,
Pourtant que j’aime entendre,
Encore et puis encore,
La chanson des amours,
Quand il pleut sur la ville,
La chanson des amours,
Quand il pleut dans mon cœur,
Et qu’ on a l’âme grise,
Et que les violons pleurent,
Pourtant, je veux l’entendre,
Encore et puis encore,
Tu sais qu’elle m’enivre,
La chanson de ceux-là,
Qui s’aiment et qui en meurent,
Et si j’ai l’âme grise,
Tu sécheras mes pleurs,
Ils buvaient de l’absinthe,
Comme l’on boit de l’eau,
Mais l’un, c’était Verlaine,
L’autre, c’était Rimbaud,
Pour faire des poèmes,
On ne boit pas de l’eau,
Aujourd’hui, les je t’aime,
S’ écrivent en deux mots,
Finis, les longs poèmes,
La musique des mots,
Dont se grisait Verlaine,
Dont se saoulait Rimbaud,
Car je voudrais connaître,
Ces alcools dorés, qui leur grisaient le cœur,
Et qui saoulaient leur peine,
Oh, fais-les-moi connaître,
Ces alcools d’or, qui nous grisent le cœur,
Et coulent dans nos veines,
Et verse-m’en à boire,
Encore et puis encore,
Voilà que je m’enivre,
Je suis ton bateau ivre,
Avec toi, je dérive,
Et j’aime et j’en meurs,
Les vapeurs de l’absinthe,
M’embrument,
Je vois des fleurs qui grimpent,
Au velours des rideaux,
Quelle est donc cette plainte,
Lourde comme un sanglot,
Ce sont eux qui reviennent,
Encore et puis encore,
Au vent glacé d’hiver,
Entends-les qui se traînent,
Les pendus de Verlaine,
Les noyés de Rimbaud,
Que la mort a figés,
Aux eaux noires de la Seine,
J’ai mal de les entendre,
Encore et puis encore,
Oh, que ce bateau ivre,
Nous mène à la dérive,
Qu’il sombre au fond des eaux,
Et qu’ avec toi, je meurs,
On a bu de l’absinthe,
Comme on boirait de l’eau,
Et je t’aime, je t’aime,
Oh mon dieu, que c’est beau,
Bien plus beau qu’un poème,
De Verlaine ou de Rimbaud.
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Bernard Girard
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